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Chouette philosophie!

La chouette de Minerve (déesse romaine de la sagesse et de la science) symbolise la philosophie. Ce n’est qu’à la tombée de la nuit que la mythique bestiole prend son envol. Avec ses grands yeux allumés, elle nous incite à croire que la nuit est davantage propice à la réflexion et nous permet même de voir plus loin. Pour s’en convaincre, il faut savoir que la portée de l’œil durant le jour est d’à peine quelques kilomètres, alors que pendant la nuit nous percevons des étoiles et des galaxies situées à des millions d’années-lumière… Cher visiteur, ce blog se présente donc comme une chouette invitation à tenter de voir plus loin, plus clair et plus en profondeur. Bonne réflexion !

L'affaire Turcotte révèle-t-elle un bug de la justice ou est-ce un reflet de la complexité humaine?

Publié le 13 Décembre 2012 par La chouette

L'affaire Turcotte révèle-t-elle un bug de la justice ou est-ce un reflet de la complexité humaine?

Le cas de Guy Turcotte est excellent pour la philosophie. Qu'est-ce qu'un humain? Qu'est-ce que la normalité, la méchanceté, la liberté, la santé mentale? Que devons-nous faire avec les marginaux, les aliénés? Est-ce la génétique ou la culture qui est responsable d'actes aussi répréhensibles que de tuer ses propres enfants? Que vaut la vie d'un être humain? Comment expliquer cette insensibilité?La société doit-elle faire son mea culpa dans cette histoire? Le pardon existe-t-il encore aujourd'hui? Sommes-nous pleinement responsables? Qui a un contrôle absolu sur sa vie, sur ses émotions, sur ses relations? Qu'est-ce que le spasme de vivre? C'est un autre marginal, Nelligan celui-là, qui nous a légué cette question fort à propos...

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R
La Chouette embrasse large avec son éventail de questions philosophiques. À tel point qu'une thèse serait nécessaire pour tenter de répondre à toutes. Pour ma part, j'aimerais plutôt discourir sur le gâchis social qui a suivi ce verdict controversé. Pourquoi ce tollé qu'on entend partout? Le bon peuple, si soumis et résigné devant ses corrompus à cravate, comment peut-il s'émouvoir autant et réclamer vengeance à hauts cris quand il s'agit d'un infanticide? Poser la question de cette façon, c'est déjà y répondre : des enfants innocents et sans défense ont été sacrifiés. Jamais aucun crime n'émeut autant que celui d'un enfant. Voici la principale raison de notre agitation. La deuxième qui suit immédiatement est la remise en question du système judiciaire. Le gérant d'estrade juridique, c'est-à-dire chacun d'entre nous, juge que des éléments de preuve ont été cachés au jury. Il juge également que les experts ont fait preuve de laxisme corporatif crasse dans leur témoignage professionnel. Un peu comme un corps policier qui protège un de ses membres en mentant comme un arracheur de dents devant des jurés. Ce qui m'amène à poser une autre question : peut-on avoir confiance en la justice? Ma réponse bien personnelle, c'est non. Les injustices flagrantes commises lors de la grève estudiantine du printemps par des politiciens au pouvoir et les juges qu'ils ont nommés arbitrairement selon leur allégeance politique parlent d'elles-mêmes. Une police politique qui enfreint les lois et qui frappe sur des marcheurs paisibles en majorité, ça n'a rien pour rassurer et ça sème le doute. Pour en revenir au cas Turcotte, je précise que je n'étais pas au procès mais je suis persuadé que la confrérie des médecins a joué et que les psychiatres se sont portés à la défense d'un des leurs. Ma théorie ne repose sur aucun fait, il faut bien l'avouer. Ce qui force ma remise en question du verdict, c'est le nombre de coups de couteau (29 - je crois). Pourquoi autant de coups? Je ne vois qu'une explication : la vengeance. Faire mal à la mère à tout prix. Chaque coup de couteau a dû porter et blesser la mère au plus profond d'elle-même. Je ne connais évidemment rien à la psychiatrie mais j'ai la nette impression que le tueur savait ce qu'il faisait. Le gérant d'estrade que je suis et qui pourtant ne condamnerait jamais quelqu'un sans preuve se demande comment on a pu arriver à un verdict de non responsabilité criminelle dans un cas comme celui-là. Je pense donc, et c'est heureusement sans conséquence, que la théorie du bogue judiciaire est la bonne.
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L
Il ne faut pas se surprendre de la duplicité humaine... En fonction de l'instinct de conservation, chacun cherche à tirer avantage des situations. C'est tout à fait normal et naturel. Il ne faut donc pas se surprendre de découvrir que certaines personnes servent leurs intérêts avant ceux de la collectivité. Le grand défi c'est d'amener les gens vers une esthétique morale qui fera en sorte qu'on valorisera le surpassement de soi. Il faut convaincre les gens que la justice et l'intégrité, ce sont de belles patentes qui peuvent nous permettent de vivre dans des société plus harmonieuses...
R
Chère Chouette, je n'ai pas suivi le procès de très près et je dois avouer que mon idée a évolué passablement depuis l'annonce du verdict. Je trouvais que le jury de 11 jurés (un juré ayant été viré pour cause de partialité) avait été très consciencieux et que son verdict était des plus courageux. Aller à l'encontre d'une opinion publique polarisée de façon aussi prévisible suscitait mon admiration. J'avais pleine confiance au jugement de ce jury et je défendais le verdict dans mon entourage. C'était avant le printemps érable. Quand j'ai compris comment notre système de justice était arrangé lorsque les premières injonctions ordonnant la reprise des cours des étudiants ont été imposées par des juges nommés par les Libéraux en vertu de leur allégeance libérale (post-it), j'ai compris qu'il fallait me méfier. Même de notre système de justice. La partisanerie est partout et elle fait des ravages. J'ai compris que le moindre témoignage qui plaidait l'irresponsabilité criminelle pouvait avoir fait déraper le procès. La moindre erreur du juge, également. Cette erreur du juge, selon moi, elle a été commise lorsqu'il a omis de faire respecter la loi qui stipule qu'une défense invoquant la maladie mentale doit être prouvée par la Défense. Ce qui n'a pas été fait, d'après ce que j'en sais. Je n'en suis évidemment pas sûr mais j'ai la nette impression que plusieurs éléments ont mené à un dérapage : erreurs du juge, peut-être indisposition de la procureure, partisanerie corporative et témoignages complaisants des psychiatres. Ma pauvre Chouette, tu vois, tu te morfonds pour cette probable injustice en particulier mais tu sais aussi bien que moi que les prisons sont remplies d'innocents, presque autant que de coupables dans la rue. Rappelle-toi l'enregistrement audio où on entend le matricule 728 en train de fabriquer une preuve pour qu'elle soit recevable pour faire condamner des individus coupables de rien du tout. Les policiers autour de la folle n'interviennent même pas devant une faute déontologique aussi grave. Ce qui montre que c'est une culture bien implantée et pratiquée probablement par une partie des policiers. C'est aussi ça, la justice : de la subjectivité basée souvent sur les préjugés de ceux qui doivent la faire respecter. Le cas Turcotte nous interpelle davantage parce que des êtres sans défense ont été sacrifiés. Il reste que toute erreur judiciaire est inadmissible. Aucun innocent ne devrait jamais être en prison et aucun coupable ne devrait être élargi sans avoir purgé sa sentence. Quand on observe les humains, on comprend très vite que l'injustice fait partie de la vie, malheureusement.
L
Je trouve que ton point de vue se tient. C'est seulement qu'on ne parlait pas de la même chose. Tu as suivi de plus près que moi le déroulement du procès et je pense bien que tu dois avoir raison en ce qui a trait aux irrégularités techniques. Je souscris à ton hypothèse d'une solidarité entre collègues et d'intervenants assez discutables merci. Et oui, la Commission de libération a fait son travail en fonction des témoignages des «experts» et de ce que Turcotte leur a montré comme comportement et bonne volonté. J'ai probablement accusé à tort cette dernière étape du processus. Mais moi, ce qui m'intéresse c'est tout ce qui tourne autour de la responsabilité criminelle, une notion trop subjective et aléatoire. Qu'un individu ait été reconnu responsable ou non de son crime, il reste qu'il a bel et bien commis le crime. L'essentiel c'est qu'on protège la population en le plaçant soit en prison ou en institut. Ensuite, pensons à sa réhabilitation qui devrait normalement durer quelques années. Quand on pense qu'un simple problème d'estime personnelle peut prendre toute une vie de travail sur soi, ça me scie les deux jambes de constater qu'on remette dans la circulation un type qui a tué ses deux enfants avec une rage exemplaire... Il est vrai que si le travail avait été mieux fait en amont, nous n'en serions pas là. On se comprend bien, je pense.
R
La Chouette, je comprends parfaitement ton point de vue : ne pas risquer qu'il y ait de nouvelles victimes, protéger. C'est tout à fait honorable qu'un volatile ait cette... grandeur d'âme. Je n'en suis pas là, j'en suis à essayer de comprendre où tout ça a foiré, si tant est que ça a foiré. Ce n'est pas à l'étape de la libération qu'on s'est emmêlé les pinceaux, c'est avant. Voilà mon point de vue depuis le début de notre échange. Je maintiens toujours ma théorie sur l'esprit de corps des médecins, même si elle a l'air complètement farfelue. Je me base également sur la possible faiblesse de la procureure de la Couronne qui, quelque temps après le verdict du procès Turcotte, a été accusée de violence conjugale armée. Vivait-elle une relation orageuse qui a pu affecter son travail, je ne sais pas mais je me pose la question quand je constate que le psy choisi par la Couronne a mieux servi la thèse de la Défense que celle du ministère public. Là, je sais que je suis rendu loin mais on ne fait que jaser, n'est-ce pas! À partir d'un verdict de non responsabilité criminelle, si on respecte les institutions, on ne peut que se fier à la compétence des psys qui ont libéré Turcotte parce qu'ils n'avaient pas devant eux un être mentalement dérangé. Ce qui devrait nous porter à nous demander s'il l'a déjà été et devrait d'autant plus nous faire douter du verdict. Bon, si on passait à autre chose maintenant.
L
Ne te fâche pas, j'essaie juste de voir le problème de la justice sous un angle différent...J'en ai rien à cirer que Guy Turcotte soit reconnu coupable ou non. Le véritable problème, c'est qu'on le replace aussi rapidement dans la circulation. Tu l'as dit toi-même, la psychiatrie n'est pas vraiment une science, c'est davantage un art. Il y a énormément de subjectivité en ce domaine. Le propre de notre système de justice, ce n'est pas la loi du talion, il ne s'agit plus de punir, cette conception est d'une autre époque. L'objectif de notre système de justice contemporain, c'est de protéger la population en isolant l'individu et en le réhabilitant. À mon sens, qu'on considère Turcotte comme responsable ou irresponsable, l'important c'est qu'on l'empêche de nuire. En ce qui a trait à la méchanceté, il y a des méchants «soft» et des méchants «hard». Il n'est pas question de placer tout le monde en institution mais plutôt de créer des mécanismes de prévention dans la société pour ne pas encourager le penchant noir des gens. Nous devons absolument investir dans les sciences humaines et sociales et surtout cesser de ne présenter qu'une seule valeur. L'homme unidimentionnel, c'est probablement le noeud du problème... Qu'advienne la civilisation, nous n'y sommes pas encore...
R
Une chance que je ne donne pas libre cours à ma nature profonde quand tu volètes de façon aussi erratique autour du sujet, la choucroute. Si je suis ton raisonnement, toute personne malade ou atteinte d'un trouble de personnalité serait irresponsable. OK, je comprends maintenant la politique carcérale d'un certain Harper, pétro-monarchique auto-proclamé. J'ai mal à la tête ce matin. Comme j'ai peur de ne plus être responsable de mes actes, je vais appeler mon psy de ce pas. Il faut bien protéger la société contre tous ces irresponsables qui peuplent nos rues. Ah, et puis qu'on nous foute donc tous en prison, tiens! Bush a bien inventé la notion de guerre préventive, pourquoi pas la sécurité du peuple préventive...
L
Selon le Petit Robert, une maladie c'est «une altération organique ou fonctionnelle considérée dans son évolution...». Il faut bien se servir des définitions, le Roger. Ce n'est pas parce que la méchanceté n'est pas classée parmi les maladies officielles qu'elle n'en est pas une... Dans mon livre à moi, comme dirait Stan, la maladie c'est le contraire de la santé, donc un disfonctionnement. Une personne méchante a certainement un trouble de la personnalité, qu'il soit génétique ou culturelle, mais c'est vraiment un disfonctionnement que de prendre plaisir à faire souffrir ou à se venger pour soulager sa propre souffrance... C'est aussi une pathologie que d'être insensible... N'égratigne pas le tableau avec tes ongles, le Roger, je ne fais que proposer un autre éclairage sur la santé et la maladie. Comme je le disais, j'ai plus de questions que de réponses. Le philosophe Nietzsche va plus loin que moi en affirmant que nous ne sommes pas responsables de nos actes. Nous agissons selon notre nature, et nous n'avons pas demandé à venir au monde. Nous ne sommes donc pas responsables de ce que la nature a fait de nous... Je ne sais pas si tu connais la fable «Le scorpion et la grenouille»...<br /> <br /> Un scorpion et une grenouille se rencontrent sur la rive d'une rivière. Le scorpion se tient à distance respectable et s'adresse à la grenouille.<br /> <br /> Scorpion : J'aurais un service à vous demander madame la grenouille.<br /> <br /> Grenouille : Allez-y, ça pourrait peut être m'intéresser.<br /> <br /> Scorpion : Voilà, je dois absolument traverser la rivière car j'ai un rendez-vous important de l'autre coté de la rive et je suis déjà en retard. Donc je me demandais si vous pourriez me prendre sur votre dos pour me faire traverser la rivière, car vous savez que nous les scorpions nous ne savons pas nager.<br /> <br /> Grenouille : Mais voyons monsieur le scorpion, tout le monde sait bien que la piqûre de votre dard est mortelle et que si je vous prends sur mon dos, je risque la mort.<br /> <br /> Scorpion : Mais voyons madame la grenouille, un tel raisonnement n'est pas digne de votre intelligence. Si je vous pique je vais moi aussi couler avec vous au fond de la rivière et, au risque de me répéter, nous les scorpions nous ne savons pas nager.<br /> <br /> La grenouille se laisse convaincre et prend le scorpion sur son dos et nage vers l'autre rive de la rivière.<br /> <br /> Rendu au milieu entre les deux rives la grenouille sent le dard du scorpion s'enfoncer dans son dos.<br /> <br /> Avant de couler elle s'adresse au scorpion.<br /> <br /> Grenouille : Mais pourquoi scorpion m'as tu piqué? Ton incapacité à nager va te condamner à une mort certaine.<br /> <br /> Scorpion : Tu m'excuseras grenouille mais c'est dans ma nature!
R
Tu charries, la Chouette, et tu es à deux doigts d'être... méchante. Il est normal qu'on se pose des questions dans un cas pareil. C'est aussi mon lot. Mais de là à laisser supposer que la méchanceté ou l'orgueil sont des maladies mentales qui nous rendraient non responsables de nos actes, alors là là, dirait Jean Tremblay, on patauge dans la fange. Pour moi, la méchanceté est un problème d'affirmation de soi, non pas une maladie mentale. C'est, la plupart du temps, une attitude réfléchie qui vise à faire mal pour compenser un manque chez un individu. Selon moi, c'est être sous contrôle de sa propre souffrance mais ça ne rend pas irresponsable pour autant. Tu me fais encore marcher, la Chouett, je sais. Tu me voles mon rôle dans ce blogue, méchante!
L
Ton analyse est très pertinente et fort intéressante, Roger. Dans ce dossier, j'aimerais avoir ton assurance, cependant. Personnellement, j'avoue avoir beaucoup plus de questions que de réponses... Je me demande dans quelle mesure une personne méchante doit être considérée comme étant saine d'esprit... La méchanceté ne serait-elle pas en soi une maladie dont les racines plongent dans les zones abyssales de l'inconscient? L'orgueil ne serait-il pas une surabondance de fierté, un excès en quelque sorte, un débalancement, bref une maladie? J'ai de la misère à accuser trop facilement quelqu'un d'être responsable lorsqu'on connaît tous les déterminismes qui tissent une vie humaine. Tu as déjà écrit dans un autre débat, Roger, que la liberté n'existe pas. Alors, pourquoi vouloir rendre Turcotte responsable si la liberté n'existe pas?... Pour le reste, je te le concède, l'aspect technique du procès est questionable, et probablement que le juge et les psychiatres ont erré, en protégeant leur confrère médecin. De plus, tu as probablement raison sur le fait que la Commission de libération a fait son travail, et que c'est en amont que le bât blesse... Soit dit en passant, l'intégrité du psychiatre Louis Morissette me laisse sceptique. C'est ce dernier qui avait avoué avoir menti dans un autre procès... Un expert qui ment, à qui peut-on se fier bordel!
R
La Chouette, je suis d'accord avec une partie de ton raisonnement mais pas sur le verdict et la probité automatique des psychiatres. Quand tu dis qu'on n'a pas toujours un contrôle total sur nous-mêmes, c'est bien vrai. Ce qui ne veut pas dire qu'on est mentalement atteint pour autant mais plutôt dans une période de déséquilibre, profond ou léger. Il serait trop facile d'excuser tous les meurtriers en affirmant, par exemple, que celui-ci ou celui-là était sûrement atteint mentalement pour avoir tué son enfant, parce qu'un homme normal ne peut tuer un de ses enfants. C'est une excuse trop facile et un raccourci que trop de gens prennent. Un être qui n'a jamais appris à retenir ses pulsions peut certainement tuer ses enfants pour se venger de la blessure que sa conjointe a pu lui infliger. Un être méchant, orgueilleux et contrôlant peut faire cela et ce n'est nullement une excuse. Pour le reste, je pense que tu prends le problème à l'envers, la Chouette. Premièrement, il faut se rappeler que la psychiatrie n'est pas une science et que les psys émettent des hypothèses; farfelues parfois, comme on est tous capable de le faire, et sûrement fondées la plupart du temps. Il reste qu'ils ne peuvent affirmer avec certitude dans quel état mental se trouvait un meurtrier au moment d'un crime. Ils font des suppositions. La loi stipule que la maladie mentale doit être prouvée pour qu'il y ait non responsabilité. Le problème de ce cas si particulier, ce n'est pas que les psys aient décidé d'élargir Turcotte, c'est plutôt le verdict qui a été rendu. Un verdict de non responsabilité a été rendu alors que cette non responsabilité n'a pas été prouvée par la défense. C'est là que tout a chaviré. Isabelle Gaston affirme elle-même avec lucidité que les psys de la Commission de libération ne pouvaient pas faire autrement que de remettre Turcotte en liberté. Comme l'écrivait en gros Boisvert de La Presse, ce matin, la Commission n'avait pas à réparer l'erreur du jugement mais bien à évaluer la dangerosité de l'individu qu'elle avait devant elle, peu importe ce qu'il avait fait, et à statuer sur son état mental. Comme Turcotte ne présente pas de signe évident de maladie mentale récurrente, la Commission n'avait pas le choix de lui redonner sa liberté. Elle a fait son travail. C'est le travail fait par les psys au procès qu'il faut questionner. Et celui du juge. Peut-être le procès est-il juste, on ne sait pas, mais ça regarde mal quand on constate que Cathie Gauthier du Saguenay a été jugé responsable pour le même crime, complètement à l'opposé du verdict de Turcotte. Selon ma théorie, sûrement aussi farfelue que peut l'être parfois le témoignage d'un psychiatre, Cathie Gauthier n'avait pas la protection de la confrérie d'un Ordre professionnel. Car, n'oublions pas, quand la réputation d'un des membres d'une corporation est touchée, c'est toute la corporation qui écope. Rappelons-nous la stupide partisanerie politicienne et il devient évident que l'esprit de corps a pu jouer en faveur d'un des leurs, un médecin comme eux. Comme tu sais, la Chouette, la Couronne a interjeté appel dans cette cause. Elle invoque principalement le fait que le juge a prévenu souventes fois les jurés de faire abstraction de leurs sentiments et a accepté comme circonstance atténuante la perte de contrôle due à l'absorption de lave-glace. Depuis quand fait-on abstraction de ses sentiments pour juger une cause? Et depuis quand la prise d'une substance qui amoindrit nos facultés atténue-t-elle la portée de nos actes? L'alcoolique ne serait plus responsable, et le drogué non plus? Non, ça ne marche pas. Oui, questionnons le témoignage des psys, ceux qui étaient au procès, mais pas ceux qui étaient à la Commission de libération. Pour respecter les règles en vigueur, Turcotte devait recouvrer la liberté. Pourtant, si j'étais Isabelle Gaston, j'engagerais des gardes du corps car la vengeance de Turcotte n'est pas complète. L'intelligence au service du crime, rien de plus difficile à cerner et à mettre en échec, surtout quand elle est bien protégée par un Ordre.
L
La justice est une invention humaine et elle a la force de son maillon le plus faible. Je comprends ton scepticisme le Roger, car les juges ne sont pas en poste pour leur grande compétence mais plutôt en raison de leur allégeance politique. Sous cet angle, quand un individu commet le pire des crimes qui soit, évite la prison et se retrouve en libération conditionnelle 18 mois plus tard, on a de quoi s'indigner et s'interroger. Cependant, il ne faut pas perdre de vue que le cas Turcotte fait ressortir toute la complexité d'évaluer l'état mental d'un être humain. En ce domaine, il n'y a pas de certitude et chacun y va de ses interprétations. Les opinions oscillent entre le pendre par les couilles cet abruti et, à l'autre bout du spectre des attitudes, certains clament qu'il n'était pas responsable de ses actes dans cette période de crise. Qui a raison? La thèse de la vengeance suppose une grande émotivité. Est-on libre et en possession de toute sa conscience quand un tel déferlement de rage nous étreint? D'autre part, si ce médecin intelligent a fait un froid calcul, encore là j'y vois une aliénation, car en assouvissant sa vengeance il a simplement bousillé sa vie. J'ai tendance à être du côté des psy lorsqu'ils affirment que Turcotte a vécu une crise profonde et qu'il n'avait pas toute sa tête. Cela n'excuse en rien son crime horrible, mais cela nous amène un éclairage sur l'être humain, à savoir que nous n'avons pas toujours un contrôle total sur nos nous-même. Ceci dit, je comprends qu'on l'ait jugé non responsable, mais l'aberration c'est qu'il se retrouve 18 mois plus tard en liberté dans la société. Une thérapie pour un comportement aussi extrême devrait prendre certainement un bon nombre d'années. Une simple dépression peut s'échelonner sur une période variant entre un an et 5 ans, je crois. Comment se fait-il que les psy le font sortir? De plus, ces idiots n'ont pas pensé aux réactions des gens. Certains ne feront pas de cadeau à Guy Turcotte... Il faut donc se questionner sur l'équilibre mental de ces psy...
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