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Chouette philosophie!

La chouette de Minerve (déesse romaine de la sagesse et de la science) symbolise la philosophie. Ce n’est qu’à la tombée de la nuit que la mythique bestiole prend son envol. Avec ses grands yeux allumés, elle nous incite à croire que la nuit est davantage propice à la réflexion et nous permet même de voir plus loin. Pour s’en convaincre, il faut savoir que la portée de l’œil durant le jour est d’à peine quelques kilomètres, alors que pendant la nuit nous percevons des étoiles et des galaxies situées à des millions d’années-lumière… Cher visiteur, ce blog se présente donc comme une chouette invitation à tenter de voir plus loin, plus clair et plus en profondeur. Bonne réflexion !

Le médecin peut-il parfois donner la mort?

Publié le 15 Juin 2013 par La chouette

Le médecin peut-il parfois donner la mort?

Lire cet excellent texte du Dr Vadeboncoeur au sujet de l'épineuse question de l'implication d'un médecin dans les derniers moments de la vie...

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A
La mort est événement par lesquels nous aurons tous à passer sans exceptions. Si j’étais un médecin et qu’un patient m’exprimait un énorme désire à arrêter de vivre puisqu’il ressent une douleur beaucoup trop élevée, je réaliserais son souhait sans hésitation. Je prendrais cette décision puisqu’il faut considérer la mort comme étant une normalité de la vie. Bien qu’elle puisse sembler bien étrange, il faut s’accoutumer à celle-ci. Il faut se mettre à la place de notre patient. Il faut prendre le temps de bien réfléchir et se mettre à sa place dans le but de bien comprendre ce que ce dernier ressent réellement. De plus, lorsque nous souffrons, habituellement les autres souffrent également. La souffrance d’une mort est à court terme mais une souffrance de douleur est à long terme. Bref, il ne faut pas considérer l’aide à mourir comme étant un crime, il faut plutôt regarder cela comme étant de l’aide face aux personnes souffrantes et regardons plutôt la mort comme une autre partie de la vie.
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L
Attention! Je sens bien qu'il y a du Montaigne derrière ta réflexion, mais il faut le mentionner.
A
Je crois que l'homme doit être lucide lorsqu'il prend une telle décision, soit celle de mourir. Dans la souffrance extrême, souvent drogués par une médication quelconque, on est beaucoup moins lucide. Ma position est très radicale sur la mort, mais je crois que seul le destin peut décider du moment et du comment. Une telle mort n'entraînera pas la colère de Dieu, mais peut-être un malaise psychologique chez le médecin. La vie est un cadeau de l'Univers, et malgré la souffrance, elle est toujours belle, il y a toujours quelque chose à regarder, à apprécier, donc il est indécent de ne pas laisser l'Univers elle-même reprendre ce si beau cadeau. Pour conclure, le suicide assisté est un affront envers le sens de la vie ainsi que la morale humaine.
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R
Un bon film à voir pour se rendre compte à quel point la maladie peut être réductrice pour un être humain : ça s'intitule AMOUR. Je vous avertis, si vous n'aimez pas les films français, vous n'aimerez pas plus celui-là, c'est certain. C'est tout le contraire d'un film d'action. C'est tout en langueur, rempli de silences qui parlent beaucoup. Il y a quelques longueurs mais Jean-LouisTrintignant y joue magnifiquement bien et ça mérite toute notre patience. Du grand jeu, je vous le dis. Crédible jusqu'au bout des orteils. <br /> <br /> La fin, remplie de symboles, n'est pas piquée des vers. Je vous le dis, ce n'est pas de la gomme baloune américaine. C'est une fin ouverte si on ne réussit pas à décoder les symboles. Quand on réussit, c'est une fin très claire dans notre esprit. Et ça montre combien plus rien ne compte quand on est malade comme un chien.
L
La société nous encourage tout au long de notre vie à développer notre autonomie et donc le libre arbitre. Comme toi, je ne vois pas pourquoi on nous l'enlèverait lorsque vient le temps de tirer sa révérence...
R
Tu sais, Louis, les propos d'André m'ont beaucoup fait réfléchir. En fait, il est pour le respect de la vie à tout prix. Elle nous a été donnée et c'est vrai qu'il y a comme une forme d'ingratitude à vouloir la faire sauter comme ça, parce qu'on souffre. Pour nuancer mon propos et ainsi me rapprocher d'André, j'ajoute que je suis absolument d'accord pour dire que la vie est ce que nous avons de plus précieux. Raison de plus pour la préserver, mais j'ajoute : pas à n'importe lequel prix. Tout dépend de la souffrance endurée et de la gravité de la maladie en cause. Personnellement, je n'irais jamais faire la guerre et tuer un de mes semblables. Je serais objecteur de conscience et je ferais de la prison ou j'accepterais de mourir plutôt que de franchir ce pas. Mais si je voyais souffrir quelqu'un et qu'il me demandait de l'aider à mourir alors que je suis médecin, je l'aiderais sans hésiter. Dans le fond, ce que je revendique, c'est d'avoir le choix quand il s'agit de MA vie.
L
J'aime ce dialogue entre les générations sur une question aussi importante que celle du droit de quitter cette vie dignement. Bravo à la jeunesse qui aime tellement la vie qu'elle peine à imaginer qu'on puisse désirer la quitter! Bravo aussi pour tes exemples, Roger. C'est percutant! Je me souviens très bien de l'épisode de Doris Lussier. Avant que sa maladie ne s'aggrave, il mettait toute sa confiance dans le système de santé et le professionnalisme des médecins et des infirmières. Ce fut une commotion à l'époque pour moi de lire dans le journal ce que tu viens de ramener à ma mémoire. Quand un humain, et par surcroit un être aussi exceptionnel que lui, en est réduit à vomir ses excréments, c'est qu'il y a une grave lacune dans notre façon de gérer les derniers moments de vie. Sommes-nous vraiment obligés d'en arriver là? Si les médecins l'avaient informé qu'il en viendrait à vivre une telle atrocité, peut-être aurait-il voulu qu'on abrège ses jours. À l'époque, bien sûr, on ne lui a pas laissé le choix, malheureusement... Dans la vie, il peut parfois arriver des occasions où la souffrance serve à quelque chose, mais en fin de vie elle est totalement inutile et indigne... Pour ceux qui se basent sur leurs croyances religieuses pour faire de la souffrance une occasion de rédemption, je n'ai pas vraiment le pouvoir de vous convaincre du contraire. Personnellement, je ne voudrais pas d'un dieu qui imposerait de tels supplices à ses créatures. Le sadisme, n'est-ce pas une perversion trop humaine...
R
C'est plaisant de lire des propos qui contredisent ce que je pense. Ça porte à réfléchir davantage et à essayer de comprendre le point de vue de l'autre qui a pris la peine d'écrire ce qu'il pense. Nous qui écrivons, bien assis devant notre ordinateur, en pleine santé pour la plupart, savons-nous vraiment ce que c'est que de souffrir à toutes les minutes de notre vie? Je n'en suis pas sûr. Quelqu'un qui souffre sans répit n'est plus en mesure d'apprécier quoi que ce soit, comme le faisait remarquer Louis. Plus rien ne compte que soi quand on souffre.<br /> <br /> Un exemple un peu niaiseux. Je me lève presque chaque jour avec un gros mal de tête. Heureusement, deux heures après le lever, ça s'atténue. Un jour, j'ai eu mal à la tête pendant trois jours d'affilée. Je ne dormais plus, ne pouvais plus rien avaler et la tête voulait me fendre en deux. Je ne savais plus où me jeter. Aucun médicament ne faisait effet. Aucune position ne soulageait la douleur. Aucun oreiller n'était assez doux pour me soutenir la tête. Impossible d'ouvrir les yeux et de regarder la lumière du jour. Épuisé, j'ai appelé Jonquière Médic et, dix minutes après une piqûre de je ne sais quoi, j'ai enfin connu le soulagement. <br /> <br /> Bon, je sais, c'est un exemple niaiseux, mais il reste que plus rien ne comptait que mon mal. Maintenant, imaginons quelqu'un qui souffre d'une vraie maladie incurable et qui endure du mal 24 heures sur 24. En plus, il sait en plus qu'il ne guérira jamais. Ça change complètement notre vision de ce que veut dire le mot vivre. N'oublions pas que certaines douleurs ne peuvent être soulagées par de la médication. C'est là qu'apparaît l'idée de mettre un terme à sa douleur. Car dans un cas comme celui-là, ce n'est pas le désir de mourir qui hante le malade mais plutôt le désir de vivre autre chose que de la souffrance. J'ai toujours cette image du père Gédéon qui, dans les dernières semaines de sa vie, vomissait ses excréments par la bouche. Est-ce cela, la dignité? Ses enfants en ont été marqués pour la vie et c'est pourquoi ils militent activement pour une euthanasie planifiée.<br /> <br /> C'est dans des situations comme celles-là qu'interviendrait la future loi Mourir dans la dignité. Bien encadrée, appliquée selon un protocole des plus stricts, requérant l'avis d'un triumvirat de médecins, je continue de penser que ce serait un traitement plus humain que de laisser la vie devenir un enfer quotidien pour des gens condamnés par une médecine impuissante. Eh non, on ne laisse pas une bête souffrir autant...
L
Ta dernière intervention est plus nuancée, André. Ce que je comprends de ton attitude par rapport à la mort, et j'en suis bien heureux, c'est que l'amour t'amène à t'accrocher à la moindre parcelle de vie. Et comme tu le comprends bien, il n'y a rien qui prouve qu'il y ait une vie après la vie. Pourtant, certains en sont persuadés. Dans le doute, il faut donc respecter les points de vues individuels, car la signification de la vie et de la mort c'est personnel...
A
Il est certain que tout cela fait réfléchir et qu'il y a toujours des mais, après tout c'est ça la philosophie. Puis je ne crois pas que le destin soit figé, mais il faut s'y abandonner d'un certain sens (en voulant dire qu'il faut décider des choses importantes mais qu'il faut laisser le destin gérer le reste). Et oui, la souffrance peut un jour détruire nos sens d'appréciation, et là peut-être que la mort est une solution. Mais pour moi, j'aimerais mieux souffrir mais être aux côtés de ma blonde le plus longtemps possible et laisser la mort me prendre. Mais si la théorie du Monde des idées de Platon était définitivement prouvée, je n'aurais aucune crainte envers la mort et dirait que ce choix est totalement acceptable. Par contre, à notre époque, il est plus facile de croire la théorie d'Aristote. Mais pour conclure, je crois que personne ne peut apporter une réponse à cela tant qu'il n'a pas vécu l'expérience d'une telle souffrance. Une bonne journée à vous monsieur.
L
Je comprends ton point de vue, André, mais le cadeau de la vie est magnifique lorsqu'on a la possibilité de l'apprécier... Aujourd'hui la médecine peut prolonger la vie bien au-delà du supportable parfois. Une personne qui souffre énormément sans possibilité de guérison, pourquoi ne pas abréger ses souffrances si elle est pleinement consciente et consentante? Il me semble que cette décision revient à la personne malade elle-même, et non pas au médecin... Quand au destin, crois-tu vraiment qu'il soit figé?
R
Ça fait drôle de lire Alain Vadeboncoeur. Il se met en situation d'aider à mourir grâce à une fiction tout ce qu'il y a de plus crédible. Il comprend que ça peut être un acte d'une grande humanité et il vante les mérites respectueux de Véronique Hivon pour la vie. Mais d'un autre côté, il ne sait pas s'il pousserait sur la seringue. Ça fait un peu bizarre, surtout venant de quelqu'un que j'estime beaucoup.<br /> <br /> Je me mets en situation à mon tour. Je m'imagine en médecin devant une situation où la souffrance et la qualité de vie d'un grand malade ne laisseraient aucun doute. Devant l'insistance de ce malade à demander à mourir, je crois que je sentirais comme un devoir de mettre fin à ses souffrances. Je sais que ce ne serait pas simple du point de vue moral lors de ma première expérience mais je crois que je n'hésiterais pas une seconde si j'étais convaincu du bien-fondé de mes actes. <br /> <br /> Je sais, tout n'est jamais si simple et le doute est toujours de mise dans des situations comme celles-là. J'essaierais de me mettre à la place de la personne qui souffre et j'ai l'impression que je réussirais à comprendre ce qu'elle ressent. L'important pour moi serait de connaître l'état d'esprit de mon malade et d'être sûr qu'il est parfaitement conscient de ce qu'il exige de moi. À partir de là, je ne crois pas que j'hésiterais à aider quelqu'un à mourir. Je prendrais ça comme un acte d'une grande humanité mais aussi d'une grande humilité devant les limites de ma science. Comme on le dit dans l'article : on ne laisserait pas souffrir une bête aussi longtemps.
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R
Ouais, Louis, je pense que tu as bien raison. Vadeboncoeur s'est mis en mode prudence.
L
Je suis d'accord avec ton point de vue, Roger. On ne laisse pas souffrir un animal, encore moins un être humain... Je pense que le Dr Vadeboncoeur se montre prudent parce que ce sujet semble plus politique qu'éthique malheureusement. La croyance religieuse qui consiste à considérer que seul Dieu décide qui doit vivre et mourir est fort tenace. Quand on est un personnage public et qu'on a affaire au collège des médecins, une gang fortement politisée, on doit pas toujours livrer le fond de sa pensée...
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