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Chouette philosophie!

La chouette de Minerve (déesse romaine de la sagesse et de la science) symbolise la philosophie. Ce n’est qu’à la tombée de la nuit que la mythique bestiole prend son envol. Avec ses grands yeux allumés, elle nous incite à croire que la nuit est davantage propice à la réflexion et nous permet même de voir plus loin. Pour s’en convaincre, il faut savoir que la portée de l’œil durant le jour est d’à peine quelques kilomètres, alors que pendant la nuit nous percevons des étoiles et des galaxies situées à des millions d’années-lumière… Cher visiteur, ce blog se présente donc comme une chouette invitation à tenter de voir plus loin, plus clair et plus en profondeur. Bonne réflexion !

Au lieu du PNB (Produit National Brut) pourquoi pas le BNB (Bonheur National Brut)?

Publié le 7 Février 2013 par La chouette

Au lieu du PNB (Produit National Brut) pourquoi pas le BNB (Bonheur National Brut)?

Le Québec devrait-il s'inspirer du Bhoutan et son objectif du BNB ( Bonheur National Brut)? Pourquoi pas? Et qu'est-ce que le bonheur au fait?

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R
Le bonheur, c'est vivre avec la compagne idéale et l'aimer encore plus après 30 ans de vie commune. C'est le premier amour et le premier baiser. Curieusement, c'est aussi la première bicyclette qui te permet d'explorer ton environnement pour la première fois. C'est l'écoute des Quatre saisons de Vivaldi sur mon super système de son. C'est assister au spectacle de l'OSM interprétant La symphonie du Nouveau-Monde de Dvorak dans sa nouvelle salle. C'est mon père de 100 ans qui sort de l'hôpital après avoir frôlé la mort. C'est le spectacle Love en hommage aux Beatles, à Las Vegas. C'est la vue du Grand Canyon, la première fois. C'est le sourire d'un enfant. C'est la retraite bien méritée. C'est une randonnée de 32 kilomètres en patins à roues alignées aux deux jours par 24 degrés Celsius et sans vent. C'est la défaite du parti Libéral et de son ignoble chef l'automne dernier. C'est un voyage en Corse et au Périgord français. C'est être sûr que toute ma famille se porte bien. C'est un monde sans fusil et sans guerre. C'est un monde sans corruption, un monde de justice pour tous. C'est le spectacle du groupe Harmonium en 1976. C'est la satisfaction du devoir accompli sur une longue période dans sa vie. C'est l'entraide et le don de soi qui remplissent. Bref, le bonheur, c'est cet état de grande satisfaction qui nous submerge quand on vit des moments d'exception. C'est donc le dernier spectacle de Leonard Cohen et celui de Harry Manx. Les grands bonheurs sont plutôt rares, mais quand on les vit, on le sait d'instinct. J'ai bien hâte de lire la définition du bonheur d'une grosse Chouette...
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R
Chère Chouette, il est vrai que ta question cherchait à définir ce qu'est le bonheur. Moi qui ne suis pas philosophe pour deux sous et qui penche peut-être trop vers le nihilisme, je ne sais définir le bonheur que par les moments d'exception de ma vie. Il me semble inutile de parler du processus qui nous amène à parler de moments de bonheur. Il est évident qu'il faut avoir nagé dans la mouise un peu pour mieux apprécier les moments d'exception. Voilà pour ton processus. Tu sais, ton bonheur de chouette ressemble un peu trop à de la béatitude. J'aime mieux les bonheurs tranquilles de Louis qui, heureusement, ne te ressemble pas du tout, puisqu'il trouve son bonheur aux mêmes endroits que moi : dans le sport et la musique. Ben coudonc, je voulais apprendre à voler mais je crois que je vais plutôt essayer de me remettre au badminton.
L
On dirait que La chouette fume du bon stock! Elle est pas mal «existentielle»!!! En fait, je pense qu'elle a un côté mystique. Je la soupçonne de ne pas être de la première jeunesse et de vivre un perpétuel «Woodstock» dans sa tête. Quand même, je l'aime bien, elle est sympathique dans son genre. Peut-être faudrait-il expérimenter cette piste là. Nous sommes devenus tellement matérialistes. À bien y penser, ce ne sont peut-être pas les objets et les situations qui produisent le bonheur, mais plutôt notre façon de voir et de vivre les situations. Pourquoi ne pas décréter simplement que la vie est belle et trop importante pour qu'on la gère comme si c'était une entreprise. Mettons un peu de Jimi Hendrix, de Bob Dylan ou encore de John Denver dans nos vies, ça ne pourra pas faire de mal. Sans oublier l'amour, les bons sentiments, Beau Dommage et les Beatles...
L
Je pense qu'on tourne autour des mêmes idées, le Roger, mais il y a quand même des différences. On s'entend tous les deux pour dire que ce qu'on vise dans la vie, ce sont les moments exceptionnels d'harmonie et de joie où tout semble parfait. Tu admets également que le contraste entre tes migraines et leur absence, c'est du bonheur. Le bonheur est donc un processus et non pas qu'une simple liste d'éléments heureux. Tout ça, c'est bien beau, mais il manque la musique, c'est-à-dire le sens tragique qui fait que chaque instant est un mystère insondable et unique. Comme le chante si bien Daniel Seff «on danse sur des planchers fragiles»... Cette conscience de la précarité du moment a le pouvoir de magnifier ce qui semble sans importance. Au-delà de la peur, il y a ce bonheur de chaque instant auréolé de mystère. Le sage est à la recherche de ce genre de musique...
R
Coudonc, Louis, tu définis le bonheur exactement comme moi. Rappelle-toi mes 32 kilomètres de patins à roues alignées par 24 degrés, sans vent. Du pur bonheur, malgré les jambes qui engourdissent et le souffle court. Ça ressemble à ta partie de badminton. Toi et moi, on parle de la même chose et on va donc laisser les définitions savantes à la Choucroute. Pendant qu'elle s'échine sur les mots, nous on va prendre une petite bouchée de bonheur.
R
La Chouette, quand ton philosophe Comte-Sponville parle de l'enfant qui découvre le monde par les sons, les couleurs et les odeurs, il ne fait que définir ce qu'est un voyage merveilleux comme ceux dont j'ai parlé dans ma liste. C'est aussi ça le bonheur. Pas très bien défini, je te l'accorde, mais le bonheur tout de même. Et comment vivre les périodes sombres entre les moments de pur bonheur, et rendre la vie acceptable? C'est simple, on vit d'espoir et d'idéal. Tu as parlé toi-même de dépassement de soi. Voilà ce qui nous tient en vie. Et c'est là une caractéristique bien humaine que celle de croire que tout va finir par s'arranger et qu'un monde meilleur va finir par émerger de cette tour de Babel dans laquelle on patauge. Je suis sûr que même l'homme de Néandertal rêvait de gagner à la loterie, tiens... Quand tu as mal, tu t'étonnes, dis-tu? Je ne sais pas si tu as souvent des maux de ciboulot, la Chouette, mais moi quand je souffre de mes gros maux de tête quotidiens, je n'ai pas du tout la tête à m'étonner. C'est dans des moments comme ceux-là que je découvre que le vrai bonheur, c'est un matin, un seul, sans souffrance. Me voilà enfin arrivé au niveau philosophique dont tu parlais. Es-tu contente de moi, la Chouette?
L
Je crois comprendre le point de vue de La chouette. La vie c'est comme un sport... J'avais cette réflexion dernièrement après une heure passée à courir dans tous les sens pour rattraper un volant au badminton. Je réalisais que tous ces efforts pendant une heure s'apparenteraient à de la torture dans un autre contexte, s'il n'était question d'une activité sportive... Le coeur s'emballe, on est à bout de souffle. Les muscles des cuisses et des mollets chauffent. Aussitôt l'amorti de l'adversaire près du filet relevé avec un effort à la limite de mes possibilités, celui-ci m'oblige à revenir en vitesse à l'arrière du terrain, et je dois m'efforcer de faire un tir le plus loin possible tout au fond de la zone adverse avec encore une fois un effort important, et ce, pendant une heure. Il faut le faire n'est-ce pas! Comme la plupart des sports, c'est dur et souffrant par moment, et surtout lorsque la compétition est forte. Pourtant, ce fut une heure de bonheur. Il y a eu de grands moments, un amorti parfaitement exécuté ici, un smash bien placé là, une récupération quasi impossible etc. Il y a eu quelques moments d'exception dont je me souviendrai longtemps, mais c'est tout le processus qui constitue pour moi un bonheur. Il en va ainsi de la vie. Le bonheur est dans le processus, et cela n'exclut pas le fait qu'on se souvienne des grands moments...
L
Le philosophe André Comte-Sponville est d'avis que vivre c'est déjà un bonheur. Que veut-il dire exactement? Je pense que ce qu'il veut mettre en lumière, c'est la curiosité. L'enfant qui débarque en ce monde est totalement éberlué, fasciné par ce qu'il voit, entend, goûte, sent et ressent. Il se développe, il avance et devient de plus en plus libre de ses mouvements. Il prend connaissance du monde, et puis de lui-même. Ce processus contrasté qui nous fait passer du plaisir à la douleur, en passant par divers degrés d'inconfort est probablement la meilleure façon de nous faire apprécier les grands moments d'harmonie. Effectivement, ces moments d'exception dont tu parles, Roger, participent au bonheur. Par contre, il me semble que si le bonheur n'était que dans ces moments d'exception, comment pourrions-nous vivre les périodes de disette entre ces joies extrêmes? Il doit y avoir autre chose qui rend la vie supportable, et pourquoi pas passionnante... Il y a en chacun de nous un feu ou une sorte de «volonté de puissance» comme disait Nietzsche qui nous pousse au surpassement de soi. À la longue chez l'adulte, ce brasier s'amenuise. Il peut même s'éteindre. J'aime à croire qu'il subsiste toujours des braises qui peuvent à tout moment s'enflammer... Je suis conscient que cette conception peut paraître poétique ou même ésotérique, mais c'est de cette façon que je vois l'expérience de vivre. Il y a un potentiel de bonheur disponible à tout moment, et si on focalise sur les extrêmes on risque de manquer quelque chose d'important. Il faut porter notre attention sur les petites choses en apparence simples, mais qui touchent au mystère le plus profond. L'étonnement de l'enfant, c'est ce qu'il faut ne pas perdre... Le bonheur est une question d'attitude. Il faut savoir où regarder, en allant au fond des choses. C'est peut-être un peu fou comme vision, je te l'accorde Roger. Elle n'est certes pas facile à réaliser dans une société qui s'apparente à une tempête perpétuelle, mais il faut savoir souffler sur les braises au fond de nous pour que s'allume le feu, cette passion de l'enfance retrouvée, qui nous fait dire: «Wow! Qu'est-ce que tout ça?»... Quand j'ai du plaisir, je m'étonne. Quand j'ai mal, je m'étonne également. Rien au monde ne me fera déroger de cette quête qui n'est rien d'autre qu'un bonheur, pas nécessairement facile...
R
Quel drôle d'oiseau tu fais, la Chouette! Pour définir le bonheur par le mot ataraxie, il faut avoir les rémiges ébouriffées ou simplement du plomb dans l'aile. Quand je lis ta définition du bonheur, je ne vois que les idiots de village pour y avoir accès. Tu en parles comme d'un état constant atteint par la sagesse alors que la vie nous apprend que le bonheur ne se vit que par petits moments. Je n'ai jamais rencontré de gens nageant complètement dans le bonheur sauf ceux qui ont vécu les petits événements comme ceux de ma liste, assez terre à terre, je l'avoue. Toi et moi, la Chouette, si on avait vécu dans la même volière, on aurait été le duo parfait pour donner des cours de philosophie. Tu aurais sorti des grands mots comme ataraxie pour définir une chose aussi simple que le bonheur et étourdir les étudiants, et moi, je les aurais ramené au ras du sol, comme dans le rôle que je me suis donné dans ce blogue. Pour compléter ma définition du bonheur, je dirais que c'est un état de plénitude où on est en harmonie parfaite avec la vie. Tout ce qu'on désire est exaucé et on ne demande rien de plus à ce moment précis de notre vie. Rien à voir avec un état constant de contemplation. Cet état constant n'existe pas sauf dans les instituts psychiatriques. La Chouette, si tu pouvais me donner un exemple concret d'un de tes moments de bonheur, je crois que ce serait le bonheur pour moi.
L
Je trouve ta liste de moments heureux très belle et touchante, Roger, mais il ne me semble pas que le bonheur soit un ensemble de moments d'exception comme tu le dis. Ces moments hauts en couleur et en émotions, ce sont des bulles joyeuses. À mon humble avis, le bonheur est plutôt dans la pleine conscience du privilège de l'existence, ici et maintenant dans ce grand brouhaha qu'est la vie. C'est une sorte de quiétude, d'acceptation; peu importe ce qu'il adviendra. Contempler le mystère sous toutes ses formes et se laisser surprendre et s'étonner des aléas de la vie, dans un esprit de constante fascination, voilà le bonheur auquel nous convie la fameuse danse de l'ignorance et de la connaissance. En d'autres mots, ce dont je te parle, c'est l'ataraxie, le bonheur du philosophe... Bonne nuit, j'ai quelques mystères à célébrer...
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