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Chouette philosophie!

La chouette de Minerve (déesse romaine de la sagesse et de la science) symbolise la philosophie. Ce n’est qu’à la tombée de la nuit que la mythique bestiole prend son envol. Avec ses grands yeux allumés, elle nous incite à croire que la nuit est davantage propice à la réflexion et nous permet même de voir plus loin. Pour s’en convaincre, il faut savoir que la portée de l’œil durant le jour est d’à peine quelques kilomètres, alors que pendant la nuit nous percevons des étoiles et des galaxies situées à des millions d’années-lumière… Cher visiteur, ce blog se présente donc comme une chouette invitation à tenter de voir plus loin, plus clair et plus en profondeur. Bonne réflexion !

Sur l'individualisme d'Oprah Winfrey...

Publié le 14 Avril 2013 par La chouette

Sur l'individualisme d'Oprah Winfrey...

Ce n'est certes pas en faisant la promotion de l'individualisme qu'on fera de la société un endroit où il fait bon vivre pour tous...

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R
Il y a dans ce texte de Mathieu Bock-Côté plusieurs vérités fondamentales. Comme il a raison quand il écrit qu'un individu devient un être civilisé grâce à son appartenance à la société. Et comme il montre bien que la pensée magique selon Winfrey est une vue de l'esprit et non une réalité quand on prend la peine de regarder autour de nous. Le discours de Winfrey me fait penser à ces petits livres de recettes de la pensée comme &quot;Le pouvoir du subconscient&quot; qui prétendait qu'en désirant une chose ardemment, on faisait en sorte qu'elle nous arrive. Facile, n'est-ce pas! Oui, un peu trop facile; donc impossible.<br /> <br /> Quand Bock-Côté nous dit que la sécurité d'emploi permet d'avoir les coudées franches et de pouvoir se réaliser, c'est encore une fois frapper dans le mille. Tellement vrai. Un peu comme la satisfaction complète des besoins fondamentaux de l'individu qui permet la réalisation d'autres besoins moins primaires mais tout aussi importants pour le développement personnel.<br /> <br /> Et cet être d'exception qu'on a tous plus ou moins désiré d'être un jour dans nos rêves les plus fous. Une chimère, assurément, comme l'écrit Bock-Côté. Pourquoi a-t-on besoin d'être si exceptionnel alors que l'on sait que l'accomplissement se trouve presque toujours dans les petites choses que l'on fait par amour, par pur altruisme et désintérêt personnel. Donner, voilà qui grandit. Une grande vérité, celle-là.<br /> <br /> Dernièrement, mon père, un adorable centenaire, a été hospitalisé, et ma famille et moi l'avons veillé jour et nuit pendant deux semaines. Dans ma famille, il n'y a personne d'exceptionnel, rien que des gens de coeur pour la plupart. Pourtant, aux yeux de mon père, l'accompagnement qui fut le nôtre avait tout de la chose exceptionnelle. Sa gratitude, sans limite, a fait de ma famille et moi des êtres exceptionnels. Pourtant, on n'a rien fait d'extraordinaire. Que des petites choses qui nous ont rendus plus humains et encore plus frères et soeurs face à la condition humaine, parfois si éprouvante pour les déshérités de la terre.<br /> <br /> Personnellement, j'ai rencontré lors de mes deux semaines à l'hôpital des gens de toutes sortes. Leur seule particularité commune : ils étaient tous malades. L'un d'eux m'avait l'air d'un assisté social. Un homme sans éducation, taillé dans le brut, mal engueulé, qui ne regardait personne dans la chambre à 4 lits; à première vue, un paria. Quand il est entré dans la chambre pour la première fois, on a tous ressenti une répugnance viscérale pour ce qu'il nous semblait être. Les deux femmes alitées ont même émis un commentaire, disant qu'elles n'étaient vraiment jamais en sécurité nulle part.<br /> <br /> Après quelques jours de fréquentation visuelle où tout le monde le fuyait du regard, j'ai tenté de lier conversation avec lui. Il avait l'air de souffrir en silence et j'avais le goût de partager quelques mots avec lui. En deux jours, j'ai réussi à entrer en contact à tel point qu'il s'est mis à s'intéresser à tous ceux qui étaient alités ainsi qu'à leur famille. On venait d'ouvrir une brèche. <br /> <br /> Un soir que tous les malades dormaient, il s'est mis à me jaser ça, me racontant toutes ses misères et la vie qu'il avait vécue. Marié pendant 31 ans à une femme qui souffrait d'obésité morbide, il affirmait avoir été heureux tout le temps qu'elle avait été près de lui, jusqu'à sa mort 5 ans auparavant. Il avait quand même été capable d'être heureux malgré la dizaine de maladies qui l'ont terrassé plus souvent qu'à son tour, malgré la pauvreté, malgré le viol de sa fille de 5 ans. Vous dire à quel point cet homme a été malchanceux dans la vie, ça ne se dit pas. Au moment de notre rencontre, il était hospitalisé pour des problèmes à l'estomac. Lors des examens qu'on lui a faits, on a découvert une masse dans sa gorge et on soupçonnait qu'il pouvait être atteint du sida. Il faisait aussi du diabète, et l'année d'avant on avait passé à un cheveu de lui couper un pied. La liste de ses malheurs n'en finissait plus.<br /> <br /> À un moment donné, je lui ai demandé d'arrêter de m'en conter davantage car j'avais beaucoup de misère à retenir mes larmes devant tant d'adversité. Le récit du viol de sa fille dont il m'a narré tous les détails m'a presque achevé. À ma demande, il s'est tu. Mais dans la pénombre de la chambre, je voyais les grosses larmes qui coulaient sur ses joues. Il n'émettait aucun son mais la peine et le découragement coulaient de ses yeux.<br /> <br /> Le lendemain, quand je me suis présenté à l'hôpital, il était parti en vitesse en demandant aux infirmières de lui réserver son lit parce qu'il devait sortir pour aller secourir sa fille. Elle n'avait plus un sou pour nourrir son enfant de deux ans et elle paniquait devant la probabilité que son père soit atteint d'une maladie mortelle. Dans la chambre à 4 lits, les deux femmes alitées qui avaient tellement eu peur de cet homme étaient maintenant malheureuse comme tout et se disaient prêtes à le serrer dans leurs bras pour le consoler. Il avait ouvert nos coeurs.<br /> <br /> Ce petit récit pour dire que quand je pense à la pensée magique de Winfrey qui dit en substance qu'il faut croire pour que tout soit possible, je pense à cet homme magané par la vie, malchanceux parmi les plus malchanceux, ayant eu toutes ces maladies contre lui, et je me dis que la vie est tellement injuste que les bien nantis devraient se la fermer et partager un peu plus de leur humanité, d'abord, et de leur pécule, ensuite. La misère existe, la malchance aussi. À bas la pensée magique.
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L
Très émouvant, Roger, plein d'humanité. Merci!
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