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Chouette philosophie!

La chouette de Minerve (déesse romaine de la sagesse et de la science) symbolise la philosophie. Ce n’est qu’à la tombée de la nuit que la mythique bestiole prend son envol. Avec ses grands yeux allumés, elle nous incite à croire que la nuit est davantage propice à la réflexion et nous permet même de voir plus loin. Pour s’en convaincre, il faut savoir que la portée de l’œil durant le jour est d’à peine quelques kilomètres, alors que pendant la nuit nous percevons des étoiles et des galaxies situées à des millions d’années-lumière… Cher visiteur, ce blog se présente donc comme une chouette invitation à tenter de voir plus loin, plus clair et plus en profondeur. Bonne réflexion !

Heille société! Y aurait-il encore un pilote dans la machine?

Publié le 12 Février 2018 par La chouette

Il faut lire plus bas le texte de Samuel Archibald, un écrivain bien de chez nous, qui vit une souffrance que le système ne semble pas vouloir reconnaître. La dépression, comme toutes les maladies mentales, est bien réelle. On entend régulièrement parler de gens vivant de semblables difficultés qui doivent se battre afin de prouver qu'ils sont vraiment malades. Au lieu de les aider, on amplifie leurs problèmes. Il faudra bien en venir à une véritable prise de conscience sur le vécu de ces personnes. Heille société! Y a-t-il encore un pilote dans la machine? Le monde quantitatif aurait-il perdu de vue l'aspect qualitatif de notre humaine nature?

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É
Je suis d'avis que Darwin accuserait le darwinisme social sur le cas de monsieur Archibald. En effet, on peut facilement appliquer la sélection naturelle à cette malheureuse réalité. Premièrement, on utilise le fait que l'assuré n'a presque plus un sous, ou du moins, pas assez pour ce procuré un avocat qui l'aidera dans un démarche judiciaire contre l'assureur. Ce dernier en profite pour monter un dossier par une enquête afin de refuser la prestation. C'est donc celui avec le plus de moyen (l'assureur) qui «survie», alors que celui avec le moins de moyen (l'assuré) «meurt».<br /> Deuxièmement, en allant plus loin, on peut placer cette situation sur la société entière. La maladie mentale est la cause de la majorité des tentatives de suicides, ou des suicides, on vient donc éliminer les plus «faibles» en leur refusant de l'aide, dans ce cas-ci monétaire, ce qui laisse les plus «forts» debout, bien vivant, pour continuer à faire évoluer notre société et ainsi, encore une fois, par la sélection naturelle, créer une société de jolis gens parfaits, sans défauts.
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F
J’aimerais commencer par dire bravo à M. Archibald pour avoir dénoncé cette situation déplorable. Je crois bien que Rousseau se retournerait dans sa tombe devant une telle démonstration de raison instrumentale. En effet, les assureurs appliquent une logique froide, amenée en partie par la philosophie de Descartes, dépourvue d’empathie pour la victime de maladie mentale. Ils abordent la personne faisant une réclamation comme une dépense, une nuisance pour leur profit et ce comportement correspond exactement à un aspect caractéristique péjoratif de l’état de société décrit par Rousseau. Les corporations voient donc cette personne et sa vie en termes quantitatifs et non qualitatifs. En d’autres termes, je pense qu’il accuserait notre société individualiste, qui défend des lois et des procédures à l’avantage des plus riches, de mettre des bâtons dans les roues à ces pauvres gens victimes de maladie mentale, qui désirent seulement recevoir assez d’argent pour survivre. En tout cas, on est loin des sentiments de pitié et d’égalité éprouvés par l’homme naturel! D’ailleurs, j’estime que dans un monde idéal, avec le contrat social de Rousseau, qui est fondé sur la volonté générale, on en serait pas rendu là dans le dossier de M. Archibald. Effectivement, le public est, en grande majorité, déjà sensibilisé à la maladie mentale contrairement aux grandes corporations, et cette volonté générale, qui instaure une loi garantissant liberté et égalité dans les intérêts de tous, ne laisserait pas tomber les victimes de ces éprouvantes épreuves. En somme, il ne fait aucun doute, à mon avis, que ce grand philosophe déplorerait la perte de l’aspect qualitatif dans notre nature profonde, au profit du quantitatif.
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F
En effet, après avoir relu mon commentaire et lu le vôtre, je réalise que je m’étais mal exprimé et je sous-entendais dans mon propos, que la raison était mal utilisée par les assureurs, comme vous l’avez mentionné. Cependant, vous avez amené un point très intéressant auquel je n’avais pas pensé. Effectivement, vous dites que l’appât du gain de ces gens est en fait lié à l’égoïsme pur et simple et je dois vous avouer que je suis tout à fait d’accord. Donc, je vous remercie de votre réponse qui a contribué à pousser ma réflexion encore plus loin.
J
Il est vrai qu’une première analyse de la situation de M. Archibald pourrait laisser croire que la faute est à la raison cartésienne. Cependant, il est important de mettre en évidence qu’il s’agit ici d’un bon exemple d’une mauvaise utilisation de la raison. Il faut comprendre que l’optimisation économique n’est pas une conclusion à laquelle on arrive, ni un axiome « évident » selon la définition de Descartes. Il s’agit donc ici non seulement d’une mauvaise utilisation de la raison au sens moral, mais aussi d’une utilisation fautive de celle-ci, car la présomption est que l’enrichissement personnel est issu d’une intuition rationnelle et non de l’égoïsme pur et simple. Le gain économique personnel est en fait un but qu’on peu avoir indépendamment de quelconque réflexion rationnelle. Peut-être serait-il plus juste d’assigner le blâme à la société. En effet, selon Rousseau, la formation d’une société telle que nous l’avons aujourd’hui a érodé le sentiment naturel de pitié que détenait l’homme à l’état de nature et l’a remplacé par l’amour-propre qui est la source de l’égoïsme dénoncé dans l’article. Si l’humanité avait demeurée à son état de nature, la motivation de base aurait plutôt été la pitié. Aussi, si la situation s’était déroulée dans un contexte de Contrat social parfait, la motivation de base aurait été la conservation des droits de nature et la volonté générale (qui, comme tu l’as dit, aurait prôné une approche empathique à la situation). Une application de la raison dans un tel contexte aurait seulement contribué à maximiser l’impact de l’aide apportée, motivée par le sentiment de pitié. Je voudrais conclure en proposant que ce n’est pas la raison ni même la raison instrumentale (une telle distinction pourrait être sujet d’une autre discussion philosophique) qui est la source de tels calculs économiques simplistes, mais bien l’utilisation de la raison instrumentale dans un contexte où les sentiments motivateurs sont de nature égoïste et non altruiste. La raison à elle seule ne pourra jamais être la source première d’un but. Ce n’est pas un hasard que les mots éMOTIon et MOTIvation sont de même origine étymologique. Ce sont les sentiments qui sont les moteurs derrière toute intention, et c’est l’intention qui guide la raison, telle un marteau, à soit causer des blessures, soit bâtir un monde meilleur.
O
Si Rousseau vivait dans le monde contemporain, il affirmerait sans aucun doute que ce dit monde, aussi quantitatif qu’il puisse être, enterre au plus profond des abysses le côté qualitatif indispensable au bon fonctionnement de notre monde. En effet, en se rapportant à l’origine de l’Homme, c’est-à-dire lorsqu’il vivait à l’état de nature, celui-ci était libre, perfectible, égal à ses semblables, et surtout éprouvait des sentiments naturels tels l’amour de soi, la pitié et l’égalité. La combinaison de tout cela permettait donc à l’Homme « d’Être », lui donnant ainsi l’opportunité de montrer au monde entier son essence, sa vérité intérieur, ce qu’il y a de meilleur en lui. De ce fait, l’Homme étant libre d’exprimer sa vraie nature, assurait, au sain de ce dit état de nature, un certain équilibre et une certaine liberté individuelle. Le passage de l’état de nature vers l’état de société dans lequel le monde contemporain est plongé depuis plusieurs siècles, transforma l’Homme, cet être libre, en un être esclave, opprimé, exploité, méchant, inégal tant au niveau de la richesse, du pouvoir et/ou des privilège. Sans oublier les sentiments dits naturels autrefois ressentis par l’Homme, qui se transformèrent en amour-propre, en ruse, en fourberie et en ambition. « Être » ne suffit plus, il faut maintenant « paraître ». En ce sens, Rousseau, en réponse au témoignage de M. Archibald, énoncerait : « Rendons l’homme heureux dans tous les âges, de peur qu’après bien des soins il ne meure avant de l’avoir été. » Ainsi, à travers ses paroles dites il y a plusieurs décennies, le philosophe reprend ce que M. Archibald demande au sain de son « cri du cœur » présenté dans LaPresse. De plus, si Rousseau pouvait donner son point de vue sur la situation dans laquelle notre société est plongée depuis quelques années, il dirait haut et fort de revenir à l’état de nature !! au lieu de miser sur la quantité, mieux vaut viser la qualité, car il sera toujours mieux « apprendre à apprendre que d’avoir la tête bien pleine ». un cerveau plein, et donc saturé, ne peut faire place à amélioration, puisque ce dernier étant plein ne pense nécessairement point avoir besoin de perfectionnement, alors qu’au fond, ce sont eux, les « têtes pleines » qui causent nombreux des conflits du monde d’aujourd’hui. En bref, Rousseau serait scandaliser de voir à quel point la société contemporaine à fait sombrer dans l’oubli l’aspect qualitatif indispensable au développement de la nature humaine, et ce au détriment d’un quantitatif dans lequel « paraître » l’emporte sur « être ».
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